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Retour à Puymoyen

Cela fait maintenant 6 ans que je suis des cours de bonsaï avec Jacques Marty. Trois fois par an nous nous retrouvons lors d’un week-end en petit groupe pour travailler nos arbre et compléter nos connaissances sur cet art. Ma mise au vert et mon déménagement en Dordogne m’avaient forcé à interrompre ce cursus ; mes arbres enfin retrouvés c’est l’occasion de réintégrer le groupe.

Jacques Marty a été élève de l’école de Monsieur Suzuki (et de son successeur Monsieur Andô) pendant 9 ans. A ce titre il est maintenant instructeur et peut dispenser à son tour les premières années de l’enseignement qu’il a suivi.

Travailler avec Jacques Marty est un peu différent des stages auquel nous avons l’habitude de participer. Les gros pliages, les mise en forme extrêmes, les sharis et gros travaux de bois mort, ne sont pas vraiment son truc. Il va ainsi à l’encontre de la tendance actuelle des « effets démo », du bonsaï rapide. Au contraire, sa vision du bonsaï s’inscrit da la plus pure tradition japonaise, avec une notion du temps qui est au début déstabilisante.

Forcément au début ça n’a pas été facile. Le premier cours a été une catastrophe pour la plupart d’entre nous. Il nous a fallu renoncer à pas mal de nos croyances, il nous a fallu comprendre que ce que nous pensions savoir était faux. Il n’est pas toujours facile d’entendre que les arbres que nous avions amenés « ne seraient jamais des arbres remarquables », une façon politiquement correcte que ces arbres ne feront jamais de beaux bonsaï.

Certains trouvaient ces remarques dures, avec du recul je remercie Jacques de ce « coup de pied au cul » qui m’a fait ouvrir les yeux et réaliser que malheureusement, pour faire du bonsaï il fallait quelques moyens pour acquérir du matériel de qualité. Surtout lorsque l’on intègre une école, c’est pour faire du bonsaï « sérieusement », donc fini de jouer avec des boutures en pot.

Parfois un retour aux fondamentaux est salvateur. Réapprendre les bases m’apparait maintenant comme essentiel à une bonne pratique du bonsaï. C’est un peu comme si l’on voulait jouer de la musique sans apprendre les gammes. C’est possible mais à un moment ça va forcément coincer.

Dès les premières séances je me suis senti attiré par l’approche très traditionnelle du bonsaï et tout ce qu’elle implique. Jacques se rend quasiment chaque année au Japon et a pu visiter les grandes expositions nationales, les jardins les plus célèbres… Ce sont autant d’éléments qu’il nous fait partager et nous aident à mieux comprendre le bonsaï.

Mais surtout, Jacques est un bon technicien qui maitrise les techniques de marcotte, greffe de branches ou de racines. Un nebari imparfait peut grandement s’améliorer en greffant quelques racines issues de plants préalablement réalisés par bouture. Une branche manquante peut être créée via une greffe par approche.

Quand je disais que Jacques nous demandait d’apporter des arbres de qualité, il ne faut pas comprendre par là qu’il ne fait travailler que des yamadoris centenaires. Au contraire, de simples arbres de pépinière, judicieusement choisis peuvent faire de très jolis bonsaï avec du temps et l’application correcte de certaines techniques. J’ai vu aussi dans son jardin des arbres issus de semis ou de boutures. J’ai vu quelques arbres remarquables qui ne m’ont pas laissé insensible, notamment de belles forêts. Ce sont vraiment des choses « qui me parlent » et c’est une voie que j’ai envie d’explorer, même si j’avoue mon incompétence dans les techniques de marcotte et de greffe (je suis nul, vraiment nul).

Mais revenons aux cours en lui même, qui sont généralement organisés autour d’une partie théorique le matin, et d’une partie pratique l’après midi, sur un thème donné (le moyogi, la cascade, …). Une matinée à parler d’un style peut paraitre long, pourtant il y a énormément de choses à dire. Je me souviens de notre premier cours, le moyogi, je croyais tout savoir, en fait je ne savais rien. Ce fût une belle claque. Rien de révolutionnaire en soit, mais je me suis rendu compte que le bonsaï c‘est finalement tout un ensemble de détails, de subtilités. Par exemple dans le style strictement moyogi, le départ du tronc ne doit pas être droit, l’apex de l’arbre doit être à la verticale du nebari…

Plus j’avance dans le monde du bonsaï, et plus je me rend compte que la voie traditionnelle a du sens, et plus je me rend compte que je ne connais rien.

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Forcément cette approche du bonsaï ne plait pas à tout le monde. Certains oeuvrent pour une vision plus contemporaines, plus créative, plus européenne. Je dirais simplement qu’il en faut pour tous les goûts et cela n’empêche pas de respecter la vision des autres. Chacun doit trouver sa voie.

Bien souvent, les arbres de prédilection des ateliers ou des stages, sont les conifères, car ils permettent une mise en forme quasiment immédiate de l’arbre. Avec Jacques j’ai apprécié travailler des feuillus, faire le choix des bonnes branches, travailler la densification, anticiper les problèmes éventuels. Au début quelques coups de pince suffisent à « mettre l’arbre à poil », mais au fil des séances suivantes les arbres ont acquis de la maturité et les travaux deviennent plus passionnants. C’est d’ailleurs un point essentiel des cours avec Jacques Marty ; les arbres doivent revenir régulièrement afin d’en assurer le suivi. Parfois la face ou l’angle d’inclinaison dans le pot changent légèrement, en fonction de l’évolution de l’arbre par rapport aux travaux précédents. Année après année, les arbres se bonifient.

Je suis parfois bluffé de voir comment un arbre peut être transformé en supprimant une branche, en changeant légèrement la face. Jacques est vraiment très attentif à ces détails, ainsi qu’au mouvement général de l’arbre : cohérence entre la tête et la branche tirante par exemple. Parfois il suffit de raccourcir l’arbre d’un coté, laisser pousser de l’autre et tout de suite le mouvement devient plus clair.

Il y a quelques jours, plusieurs personnes m’ont fait la même réflexion « Pourquoi tu retournes chez Jacques Marty ? Tu ne penses pas que tu peux te débrouiller seul ? » Je leur répond que je pourrais travailler seul, mais chaque fois que je vais revoir Jacques, j’ai l’impression d’apprendre de nouvelles choses.

Après plus d’un an d’absence, je revenais passer le dimanche avec mes collègues du groupe, qui sont maintenant devenus des amis. Car forcément, avec le temps des liens se créent et je pense que nous formons un groupe avec une bonne ambiance et pour chacun d’entre nous c’est un plaisir de se retrouver. Surtout que par rapport aux débuts la « cantine » s’est grandement améliorée. Yves, notre cuisinier, nous prépare des petits plats et à chaque repas c’est jour de fête.

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Ce midi, foie gras maison, magret de canard et pommes de terres sautées dans de la graisse d’oie. Ces moments de convivialité participent à la cohésion du groupe, et si je reviens avec plaisir passer une journée entière à poser du fil sur un pin, c’est aussi pour ces moments là. Comme disait Michel Sacal le bonsaï c’est l’amitié.

Et les arbres dans tout ça ? Cet article n’avait pas pour but de vous montrer le travail qui a été effectué durant le week-end, mais de vous parler d’une certaine approche du bonsaï, une approche que nous français semblons dédaigner au profit d’une transformation plus immédiate d’un yamadori en bonsaï.

J’aime aussi les travaux sur des yamadori bruts et je reviens avec plaisir chaque année chez Jean-François Busquet faire un week-end de stage. Mais j’ai aussi besoin de ce retour au sources japonaises du bonsaï. Pour moi, ne faire que des mise en forme de yamadori c’est comme si on ne voulait jouer du piano qu’avec les touches blanches, sans jamais vouloir utiliser les touches noires. Et comme le chantait si bien Paul McCartney « Ebony and ivory live together in perfect harmony ».

Une réflexion au sujet de « Retour à Puymoyen »

  1. MARTY JACQUES
    Le 2 décembre 2014 à 13 h 22 min

    Mon cher Christophe,

    Bien sûr, je suis d’accord avec toi.
    Mais tu m’as fait rougir, je ne suis pas vraiment habitué aux compliments.
    Tout ce que tu dis est assez réaliste mais attends toi désormais à une nouvelle question: « Jacques t’a bien payé pour lui faire pareille pub? »
    Il y a longtemps que j’ai compris qu’il est mauvais d’avoir raison trop tôt dans ce pays.
    L’ignorance est la mère de tous les maux, sur son terreau fertile prospèrent tous les intégrismes, toute l’intolérance et ses malheurs associés.
    Il serait grand temps que le Bonsaï français comprenne d’où il vient et où il va, plus le réveil sera tardif et plus le remède sera violent (c’est pareil pour notre Economie).
    Je ne vais pas « philosopher » d’avantage, je suis heureux  » d’avoir ouvert les yeux » de quelques uns.
    Avec toute mon amitié.
    Jacques

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