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Restructuration d’une forêt de hêtres

Durant l’été 2011 cette forêt de hêtres est arrivée chez moi, après deux ans passés chez un membre du club. Elle avait été construite par Michel Sacal à partir de plants récupérés dans les Pyrénées lors de sorties prélèvements. C’est une composition imposante, quasiment 1 mètre de haut pour un pot de 90 centimètres de large.

La forêt de hêtres à son arrivée chez moi

Lorsque j’en ai pris la responsabilité, la forêt n’était pas au mieux de sa forme, certains arbres étaient faibles, une partie du feuillage grillée. Je me suis contenté de bien la fertiliser pour lui redonner un peu de vigueur, ainsi qu’une légère taille pour laisser entrer la lumière.

Les feuilles sèches ont été enlevées, les rameaux vigoureux ont été raccourcis à 2 feuilles, et les feuilles les plus grandes ont été coupées à moitié. Il s’agit d’une défoliation partielle qui permet à l’intérieur de la forêt de recevoir un peu de lumière. Ainsi, les branches internes ne meurent pas, et des bourgeons latents peuvent êtres stimulés.

Défoliation partielle des hêtres

La défoliation totale sur le hêtre n’est pas très recommandée, surtout si les arbres ne sont pas au mieux de leur forme. La défoliation partielle est quant à elle une très bonne technique qui permet de réduire la force des bourgeons apicaux les plus vigoureux, et ainsi favoriser les plus faibles. La défoliation partielle permet aussi de réduire progressivement la taille des feuilles l’année suivante. En effet en réduisant la surface de photosynthèse, le bourgeon est affaiblit, il sera moins gros, et donc donnera un rameau moins vigoureux l’année suivante. C’est une technique assez comparable au désaiguillage sur les pins pour contrôler la vigueur du bourgeon apical.

Lorsqu’un bonsaï passe dans d’autres mains nous pouvons nous contenter de la conserver en l’état, surtout lorsque le bonsaï évoque un attachement sentimental. Mais c’est aussi l’occasion d’imprimer sa propre marque et son style, tout en respectant ce qui a été fait par son prédécesseur.

Nous avons longuement regardés cette forêt qui commence à avoir une certaine maturité. Les arbres sont ramifiés, la patine du temps commence à apparaître. Cependant, d’un point de vue esthétique, la composition n’est pas très orthodoxe. La forêt est composée de deux bosquets avec un espace vide entre les deux. Certains y voient un chemin (d’autres un boulevard), toujours est-il que la composition manque d’unité.

De plus le pot est très grand, très lourd, il serait appréciable de pouvoir un jour planter cette forêt dans une poterie de meilleure qualité. Une jolie poterie de cette dimension étant quasiment impossible à trouver, nous cherchons comment réduire la taille de la composition pour avoir une poterie plus petite.

La poterie actuelle étant très lourde, l’ancien propriétaire ne devait jamais tourber la forêt afin que chaque coté reçoive le soleil. Certains arbres ont ainsi bien profité alors que d’autres ont végété. Au final, l’implantation des arbres dans les forêt n’était pas correcte, et les arbres manquaient de cohérence entre eux. Nous décidons de restructurer complètement cette forêt.

La forêt de hêtres avant sa restructuration cmplète

En mars 2012, par une journée fraîche et pluvieuse, nous commençons par enlever toutes les ancienne feuilles. Le hêtre est un arbre marcescent, il conserve ses feuilles tout l’hiver et elles ne tombent qu’au printemps lorsque les bourgeons gonflent. Les japonais disent que lorsque les feuilles du hêtre tombent, l’hiver est vraiment terminé.

Une fois la structure des arbres bien visible, nous sortons la composition du pot. Le pain racinaire est très compact, toutes les racines sont emmêlées les unes dans les autres et il est difficile de planter une baguette à l’intérieur. La forêt aurait du être rempotée depuis plusieurs années, ce qui explique en partie le manque de vigueur général.

Démellage des racines de la forêt

Comme il a été quasiment impossible a procéder a un démêlage traditionnel dans les règles, nous avons du utilisé une scie (égoïne) en coupant directement dans le substrat entre les arbres. Nous ne cherchons pas à séparer tous les arbres, nous formons des petits groupes ; en fait nous découpons là où ça vient le mieux pour ne pas mettre en danger les arbres.

Vous pouvez voir sur les photos que certains arbres se sont quasiment soudés et forment des doubles troncs. Cette typologie est très intéressante dans une forêt et ce seront des points focaux à mettre en évidence dans la nouvelle implantation.

Les arbres sont séparés en petits groupes

Les arbres ont été séparé et mis en attente, le temps de préparer le pot.

Le pot d’origine est conservé, et nous préparons les fixations pour les arbres. Il ne faut pas hésiter à en mettre un maximum car il faudra pouvoir attacher fermement chaque arbre. Comme le pot n’a pas de trous spécifiques pour les fils de fixation, nous utilisons les trous de drainage. Mais ce n’est pas suffisant, nous rajoutons quelques baguettes en bois qui nous servent d’ancrage pour des fils. Le but est d’avoir un maillage complet sur toute la surface du pot.

Préparation de la poterie

Les arbres sont ensuite positionnés et fixés provisoirement afin de contrôler la cohérence de la composition. Cette mise en place « à blanc » permet de tester différentes variantes, de voir comment les arbres peuvent se positionner les uns par rapport aux autres.

La création d’une forêt est un exercice de création dans lequel chaque détail compte. La position de chaque arbre dans le pot est importante, ainsi que l’agencement des arbres entre eux. Une forêt a toujours un arbre principal, l’arbre père qui a donné naissance au groupe. Nous avons la chance d’avoir un arbre plus grand que les autres ; je dis que c’est une chance car souvent, lorsque nous voulons créer une forêt, l’arbre principal est le plus dur à trouver. L’arbre principal doit être le plus grand, le plus gros, le plus imposant.

L’arbre principal va aussi déterminer la direction de la forêt. Comme pour tout bonsaï, la forêt doit avoir une face avant et une direction. Cette dernière va aussi nous indiquer où vont se trouver les espaces vides. Notre arbre principal va vers la droite, nous ne le plaçons pas au centre de la poterie, mais légèrement décalé vers la gauche. Les autres autres de la forêt devront eux aussi marquer le mouvement vers la droite. Nous laisserons aussi un espace vide sur la droite. Finalement c’est comme pour un bonsaï formé d’un seul arbre : si son mouvement est vers la droite, nous le plaçons légèrement à gauche et laissons un espace vide à droite.

La création d’une forêt est un exercice difficile car il faut essayer de recréer ce que la nature a fait aléatoirement. Les arbres ne doivent pas êtres alignés, toutes les distances entre les troncs doivent être différentes. Il faut absolument éviter la monotonie, sans pourtant tomber dans l’anarchie. L’ensemble doit être cohérent et former un paysage avec des points d’intérêt et des effets de perspective, et bien sûr en évitant le petit chemin au milieu de la forêt, tel qu’il existait l’origine.

La perspective est rendue grâce aux petits arbres que l’on va mettre derrière, ils créent ainsi de la profondeur. Lorsque vous êtes à l’orée d’une forêt, vous voyez les arbres de devant sont les plus grands, les arbres au loin sont les plus petits. Idéalement les espaces entre les troncs devraient aussi être plus petits dans le fond de la composition que devant.

L’arbre principal est planté quasiment droit ; ce qui est logique car lorsqu’il a poussé il était seul, donc il a pu filer directement vers le ciel. Les arbres qui ont poussés autour ont quant à eux du rechercher la lumière et se sont légèrement écartés. Si nous traçons une ligne virtuelle suivant par chacun des troncs, ces lignes se rejoindraient en un point.

Une fois la position de tous les arbres choisie, nous les enlevons en repérant bien leur place. Un substrat composé d’un mélange de zéolithe et d’écorce de pin compostée est déposé au fond du pot. Les arbres sont remis en place et solidement fixés. Il n’a pas été possible de rapprocher certains arbres afin de former de petits groupes. Nous n’avons pas voulu risquer de trop tailler dans les racines. Nous avons toutefois pu resserrer un peu l’ensemble et dans quelques années il sera possible de rempoter cette forêt dans un pot un peu plus petit.

Au final, la forêt comporte 10 arbres, et même si le mouvement des arbres n’est pas toujours très cohérent, nous décidons de nous arrêter là pour cette année, et se laisser le temps de la réflexion avant de tailler.

La forêt de hêtres après transformation

Une photo pour se rendre compte de la taille de la forêt

Forêt de hêtre très grande

Durant toute la saison, l’ensemble des arbres ont bien profité générant une belle pousse, sauf un qui n’a pas survécu au rempotage (sans doute dû au fait que comme expliqué ci dessus, il a été difficile de les séparer les uns des autres, et donc, certains ont subi une taille sévère des racines).

Courant hiver 2012-2013, une taille a 2 bourgeons est faite sur l’ensemble des arbres. Les photos ci dessous montrent un rameau avant et après taille. L’ensemble de la forêt a été taillé de cette manière.

Taille des rameaux sur hetre

Au printemps 2013, l’arbre au fond a droite qui n’avait pas survécu au rempotage est.enlevé pour être remplacé par celui qui est totalement a gauche. La cohérence du mouvement est beaucoup plus dynamique avec cet arbre se dirigeant vers la droite. On retrouve aussi un nombre d’arbres plus classique, c’est à dire impair (9 arbres).

Réimplantation foret de hetres

Voici cette forête avec ses jeunes feuilles, début mai 2013

Forêt de hetres au printemps 2013

2 réflexions au sujet de « Restructuration d’une forêt de hêtres »

  1. Kalima ich
    Le 14 mai 2013 à 17 h 18 min

    Euh, les gars si le gros pot vous encombre, vous le direz, au pire je peux vous en débarrasser …
    ça « hêtre » du beau boulot…

  2. maraga
    Le 15 mai 2013 à 12 h 52 min

    pas mal pas mal :)
    (par contre faites gaffe à l’orthographe %) )
    donnez son evolution :)

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