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Le marcottage

L’art du bonsaï nécessite parfois de mettre en application des techniques horticoles permettant de tirer le meilleur parti d’un arbre. Le marcottage est une de ces techniques et tout amateur devrait la connaître. Elle permet de faire naître des racines à un endroit précis de l’arbre et à deux fonctions principales :

  • récupérer la partie haute d’un arbre trop grand : plutôt que de couper et jeter, nous pouvons faire apparaître des racines sur le tronc, et faire deux bonsaï à partir d’un seul
  • améliorer l’esthétique du racinaire d’un bonsaï ; s’il manque quelques belles racines apparentes à votre bonsaï il est possible de les faire apparaître.

Le marcottage n’est ni plus ni moins qu’un phénomène naturel. Pour comprendre son principe regardons d’un peu plus près le fonctionnement de l’arbre et notamment la circulation des sèves au cœur de l’arbre.

Circulation de la sève dans un arbre

Toutes les plantes ligneuses possèdent des tissus conducteurs de sève :le xylème qui conduit verticalement la sève brute du sol vers les feuilles, et le phloème, qui conduit la sève élaborée par les feuilles vers toutes les régions de la plante.

Le phloème se trouve sur la partie externe de l’arbre, juste sous l’écorce alors que le xylème est au plus près du cœur de la branche. Le principe de la marcotte est de faire une incision jusqu’au xylème et de découper un anneau d’écorce. En enlevant cet anneau nous ôtons la couche de phloème mais épargnons la couche de xylème. Nous laissons ainsi monter la sève qui alimente les feuilles mais coupons la circulation descendante.

Les explications sont illustrées par la réalisation d’une marcotte réalisée sur un petit charme, travaux réalisé ce début mars 2013, juste avant la reprise. A la fin de l’article nous décrivons aussi plusieurs autres exemples (réussite et échec).

Cet arbre d’une trentaine de centimètres de hauteur et d’un diamètre de 4 cm, a une base qui n’est vraiment pas belle : inversion de conicité, racines qui se croisent, pas de racines étoilées… Il n’y a quasiment pas d’autre choix que de le marcotter.

Bonsai de charme à marcotter

La découpe de la partie d’écorce jusqu’au xylème est réalisé avec une lame très tranchante et propre (type couteau a greffer ou cutter).

Découper un anneau d'écorce

La partie supérieure de la plante continue à vivre car elle est alimentée par la sève montante, mais le blocage de la sève descendante produit alors une concentration d’auxines qui vont permettre la génération de racines.

Pour favoriser l’apparition de racines, sur des espèces très vigoureuses il est aussi conseillé de placer un fil très serré sur la partie haute de la coupe. Ce fil va d’une part aider à l’accumulation de la sève descendante, et d’autre part empêcher que le cal cicatriciel ne vienne se former trop rapidement. En effet, la plante va essayer de cicatriser la plaie, et essayer de la refermer. Si les canaux de sève descendante ne sont plus coupés, il n’y aura pas d’apparition de racines. Le même constat d’échec est obtenu si l’anneau d’écorce n’est pas complètement enlevé ; s’il reste un point de circulation de sève, le marcottage ne se fera pas.

Placer un fil de ligature

Un élément essentiel à la naissance des nouvelles racines, est que la coupe doit toujours se trouver dans un milieu humide afin de pouvoir apporter de l’eau en quantité suffisante au nouvelles racines. Nous verrons dans des études de cas quelques moyens de pouvoir maintenir cette humidité constante.

Enfin, il est bon de rappeler que le marcottage doit ce faire sur un arbre en bonne santé et
vigoureux. Un arbre faible n’aura pas la force suffisante pour créer un racinaire puissant. Pire, en essayant de marcotter un arbre faible ou malade ou risquez de mettre sa vie en péril.

Étant donné que le principe du marcottage est basé sur la circulation de la sève élaborée, il faudra attendre que l’arbre soit en pleine végétation. Suivant votre région, et suivant les arbres, nous pouvons commencer les marcottes à partir de mi-mai. Ne tardez pas non plus à les faire, car il est toujours bien que l’arbre puisse créer un nouveau racinaire avant l’hiver.

Quelques informations utiles :

  • La hauteur de l’incision doit être en général d’une épaisseur égale au diamètre du tronc ; dans le cas d’un tronc fin, faite une incision plus large que l’épaisseur pour éviter la formation d’un cal cicatriciel
  • Saupoudrer de l’hormone de bouturage au niveau de l’emplacement de l’incision pour favoriser la formation des racines
  • Faire une coupe en zig-zag favoriserait la naissance de racines en étoile sur l’ensemble du périmètre (mais ce n’est pas prouvé, ni garantie !)
  • Plus l’arbre sera vigoureux et plus les nouvelles racines apparaîtront rapidement et en nombre. Nous laisserons ainsi pousser librement les arbres marcottés, sans les tailler
  • Il n’est pas possible de faire plusieurs marcottes, l’une au dessus de l’autre car le flux de sève est coupé au niveau de la marcotte la plus haute. Par contre il est possible de faire plusieurs marcottes sur un même arbre, par exemple sur des branches indépendantes.
  • Il est possible de marcotter un tronc, une branche (qui deviendra alors le tronc du petit arbre sevré) et même des racines. Sur un arbre avec de grosses longues racines il est possible de les marcotter proche du tronc et ainsi avoir un racinaire plus dense.

De l’hormone de bouturage en poudre est appliqué avec un pinceau sur toute la surface de la coupe.

Hormonone de bouturage pour marcotte

Pour conserver l’humidité en permanence, il faut un élément gardant l’eau lors de l’arrosage, dans ce cas, l’utilisation de sphaigne du chili est parfaite. Afin de la conserver proche du tronc je pose un fil d’aluminium, sans trop serrer, uniquement pour maintenir la sphaigne en place le temps de combler l’ensemble.

Sphaigne du chili

Toujours dans le même but, nous pouvons aussi ajouter à la sphaigne un peu de terreau qui est un bon pouvoir de rétention d’eau.

Ajouter terreau a la sphaigne du chili

Plusieurs techniques sont envisageable pour refermer autour de la marcotte. Vous verrez dans les exemples ci après les différentes possibilités, tout en sachant que l’essentiel est de conserver la zone de l’incision toujours humide.

Dans le cas de ce charme, j’ai mis le pot dans un pot plastique légèrement plus grand et recouvert le tout de pouzzolane et arrosé copieusement. Maintenant, l’arbre est placé en extérieur et sera régulièrement tourner afin que les rayons du soleil permettent un réchauffement sur la totalité du périmètre du tronc.

Arroser la marcotte

A la même époque j’ai aussi réalisé une marcotte sur un orme champêtre. Cet arbre est un double tronc, mais les deux troncs ne partent pas de la base du col. De plus il y a une une inversion de conicité et l’absence d’un beau nebari. Là encore, la marcotte permettra de refaire un racinaire plus conforme aux règles esthétiques.

Les étapes du marcottage sont identiques à celles décrites précédemment.

Marcotte sur bonsai érable champetre

Certaines aspérités peuvent être mal placées par rapport a l’incision que l’on décide de réaliser. Il faut les supprimer car cela risque de faire échouer la marcotte. Dans ce cas, c’est le départ d’une ancienne branche.

Supprimer les aspérités

Pour cet arbre qui est dans un pot plus grand que celui du charme, j’utilise un pot en plastique noir que je retourne. Il est découpé à la taille du tronc et en hauteur pour les besoins nécessaires. Ce nouveau contenant conservera l’humidité autour de la marcotte.

Découper pot plastique noir pour marcotte

Mise en place de la sphaigne sur tout le tour, placement du lot, (maintenu fermé avec des fils d’alu), et pour combler les espaces vides dans ce pot, je rajoute de nouveau de la sphaigne et du terreau. Arrosage copieux et mise au soleil.

Pose marcotte sur bonsai orme champetre

Il ne reste plus qu’à attendre le résultat, peut-être à l’automne ou alors au printemps prochain.

Les exemples suivants sont des marcottes réalisé ultérieurement afin de vous montrer les résultats obtenus, avec réussite et échecs

Etude de cas 1 : deux érables à partir d’un seul

Dans cet exemple je vous montre la réalisation d’une marcotte réussie, étape par étape. L’arbre en question est un jeune érable palmatum ; le tronc à un diamètre d’environ 2cm mais il est trop haut pour devenir un bonsaï avec de bonnes proportions. Le tronc est trop fin par rapport à la hauteur de l’arbre. Dans ce cas nous avons deux possibilités, soit le mettre en pleine terre pour faire grossir le tronc, soit faire un arbre plus petit. C’est le second choix qui a été retenu ; ne voulant pas jeter la partie supérieure elle a été marcottée. Cette opération est réalisée en Mai 2008.

L’arbre est marcotté a mi hauteur. La branche à gauche formera la nouvelle tête de l’arbre de la base. Comme le tronc est assez fin, l’incision a été faite sur une hauteur d’environ 3cm. La coupe est réalisée jusqu’au xylème, l’anneau d’écorce s’enlève assez facilement sur les érables.

Marcotte sur érable palmatum

Mise en place d’un anneau en fil de fer et saupoudrage d’hormones de bouturage. La coupe est ensuite entourée de sphaigne qui permettra de conserver une humidité constante. Afin de bien la tenir en place, une bouteille en plastique est « enroulée » autour ; elle est maintenue en place avec des fils de fer.

La sphaigne est un bon rétenteur d’eau mais a inconvénient de se mêler aux jeunes racines fragiles, donc d’être difficile a enlever.Le tout est recouvert d’un plastique noir pour conserver la chaleur tout en évitant le rayonnement direct sur les jeunes radicelles qui grilleraient au soleil. Le dessus n’est pas fermé pour permettre l’arrosage afin de maintenir en permanence une bonne humidité.le fond n’étant pas parfaitement étanche, il n’y a pas de rétention d’eau a l’intérieur.

Marcotte sur érable palmatum

La séparation de la marcotte a lieu en novembre de la même année. Il est possible ; et des fois nécessaire d’attendre plus longtemps avant de séparer la marcotte, en fonction de l’espèce de l’arbre, du diamètre de son tronc. Dans ce cas vous devrez absolument mettre l’arbre hors gel car les jeunes racines ne sont pas protégées et ne supporteront pas les rigueurs de l’hiver.

On constate a travers le plastique que l’ensemble de la place a été colonisé par de nouvelles racines. C’est un bon indicateur que la marcotte a réussie. Les racines forment un bloc assez compact qu’il va être difficile a démêler. Ces racines sont jeunes et très fragiles, et c’est avec beaucoup de précautions qu’il faut enlever la sphaigne.

Réussite marcotte érable palmatum

Séparation de la base et de la marcotte juste sous la naissance des racines par une coupe nette.
On constate que les racines sont apparues sur toute la périphérie du tronc. Elles sont mises à plat après avoir été démêlées ; on peut supposer que cet arbre aura un très beau nebari bien étoilé. Ce nouvel arbre est planté dans un pot de culture plat. Il poussera librement pendant les années a venir afin que le racinaire se développe.

Sevrage marcotte erable palmatum

Le voici lors d’un rempotage en 2011.

Marcotte apres un an de culture

Etude de cas 2 : une marcotte ratée

L’arbre est un érable trident (acer Buegerianum) dont le nebari n’était pas beau. Le marcottage devait permettre de créer un beau racinaire étoilé. Pourtant seul un gros bourrelet à été obtenu.

Marcotte ratée sur érable trident

Pourquoi cet échec ? Il n’est pas toujours facile de déterminer la cause, mais les hypothèses les plus probables sont :

  • l’ensemble du cambium et du liber n’a pas été totalement enlevé ; l’incision n’a pas été assez profonde, il restait quelques canaux de sève descendante
  • L’incision n’a pas été faite sur une hauteur suffisante par rapport au diamètre du tronc.
  • L’érable trident est tellement vigoureux qu’il peut refermer la plaie avant que les premières racines n’apparaissent. Pour éviter cela il faut non seulement découper un anneau dont la hauteur est supérieure au diamètre du tronc, mais aussi placer un gros fil de ligature (du 5 ou 6mm) afin de bloquer la sève descendante.

Variante du marcottage

Dans le cas ou le nebari n’est pas acceptable d’un coté de l’arbre, on peut essayer de faire naître des racines seulement sur une partie du du tronc. Cela s’apparente a une marcotte, mais au lieu de d’inciser sur toute la périphérie, des trous sont percés aux endroits ou l’on souhaite de nouvelles racines.

Les trous sont percés avec une perceuse, avec un foret neuf, et surtout en procédant a faible vitesse afin de ne pas « brûler » le bois.Dans cet exemple, le diamètre des trous est de 4 mm. Cet technique a été réalisée sur un érable champêtre.

Les autres points du marcottage sont identique : hormones de bouturage, sphaigne pour maintenir l’humidité.

Marcotte par percage

 

6 réflexions au sujet de « Le marcottage »

  1. petillant
    Le 16 mars 2013 à 18 h 07 min

    Sympa ces différentes marcottes
    Cela une bonne idée de la technique !
    Une photo, vaut mieux qu’un long discourt ^_^
    Ceci dit comment définir la meilleure période pour lancer les hostilités, j’ai constater de bon résultats entre avril et septembre pour le sevrage sur des pommiers et pyracantha.
    Mais quand est il pour les autres!?
    Quel période et sur combien de temps, tu tables pour ces marcottes..
    Pourrais tu déveloper un peu, sur ça …
    Merci par avance.

    1. LAURENT DEITSCH
      Le 17 mars 2013 à 15 h 11 min

      Je pense que sur ces especes, le résultat devrait etre sur l’automne. C’est la que l’on verra s’il y a ou pas une réussite avec l’apparition de racines. Maintenant, en fonction du diametre du tronc et de la quantité de racines, je ne sais pas si le sevrage se fera a cette époque… peut etre plutot au printemps de l’année suivante. Et a l’inverse, si elle est loupée comme l’exemple du burger, cela permettra de la refaire l’année suivante si aucune racines n’est apparu.
      Quand a la période pour réaliser les marcottes, tout dépend du démarrage de la circulation de seve au printemps…. ce coup ci j’ai réalisé ces marcottes au tout début, contrairement a l’exemple sur le palmatum ou la marcotte a été réalisé, l’arbre était déja bien avancé et tout en feuilles.
      A suivre….

      1. Renan
        Le 16 mars 2015 à 21 h 03 min

        Bonjour Laurent,
        J’aurais une que stion quand à la meilleure période de sevrage au printemps suivant l’année de la pose de la marcotte (sur une branche). Attends tu le débourrage de l’arbre et même la pousse ou le fais tu au moment du gonflement des bourgeons. Si la marcotte est tj alimentée par le pied mère ca vaut peut être le coup d’attendre le débourrage pour beneficier des réserve de l’arbre mère….
        Merci de ta réponse
        Renan un membre du BCG

        1. laurent
          Le 16 mars 2015 à 22 h 14 min

          Salut Renan
          Je ne connais pas reellement la vrai bonne période pour le sevrage.Concernant ces arbres, je les avais séparé en début février. Mais ils avaient été mis en serre froide. Je ne suis pas sur qu’il soit plus interressant d’attendre que l’arbre débourre. Je pense qu’actuellement tu peux y aller sans problemes.
          Laurent

          1. Renan
            Le 17 mars 2015 à 19 h 54 min

            merci du conseil. Comme j’ai pas mal de marcotte, je vais essayer les <é périodes et je comparerai les résultats.
            Renan

  2. Ping : Sevrage d’une marcotte | Bonsai365

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