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Faut-il citer le nom de l’artiste ?

Quelques jours avant l’exposition en Dordogne, j’ai eu une discussion avec Bruno sur ce que l’on devrait mentionner sur les étiquettes. Généralement on cite l’espèce et le propriétaire. Parfois on rajoute le nom du potier. Mais faudrait-il préciser aussi le nom de celui qui a fait la première mise en forme ?

Souvent, quand on a un yamadori à mettre en forme, on ne le fait pas tout seul. Surtout s’il s’agit d’un arbre de qualité ou pour lequel on a mis le prix fort (et généralement les deux vont de paire). La première mise en forme est souvent faite lors d’un atelier, d’un stage ou encore dans le cadre d’une école comme il s’en développe de plus en plus.

Par exemple tous les ans nous faisons un stage dans les Corbières avec Jean-François Busquet. Durant ce week-end en immersion totale nous travaillons un yaamdori réservé pour l’occasion. Nous avons aussi eu l’occasion de travailler chez François Gau, et pour ma part je suis depuis 6 ans des cours avec Jacques Marty (lui même ayant été élève pendant 9 ans avec un maître japonais).

Mise en forme d'un pin sylvestre avec Jean-François Busquet

Citer celui qui a insufflé la première mise en forme serait une sorte de reconnaissance envers l’artiste, et permettrait certainement de faire sa publicité dans les grandes expositions. Je n’ai rien contre cela, bien au contraire. Force est de constater que le bonsaï a du mal à décoller en France, par rapport à nos autres payes limitrophes. Peut-être que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, mais il me semble que l’on entend plus parler des grands noms du bonsaï italien ou espagnol, et beaucoup moins de leurs homologues français.

Au premier abord, cela peut paraitre évident, et on se demande pourquoi personne ne l’a fait avant. Cela peut paraitre évident dans le cas où l’amateur fait l’acquisition d’un bonsaï chez un professionnel et que c’est ce dernier qui fait l’entretien principal (tailles, rempotages, …). Cela peut paraitre évident quand l’arbre est mis en forme dans le cadre d’une école et que le bonsaï est toujours travaillé dans ce cadre là.

Là où c’est beaucoup moins trivial, c’est lorsque la première mise en forme est faite avec l’aide d’un de nos artistes nationaux, et que l’amateur prend ensuite le relai. Bien souvent, lors de la première mise en forme, seule la silhouette principale est définie, et nous devons travailler sur du vivant qui ne réagit pas forcément de la façon dont nous avions prévue.

A partir de quel moment la pate de l’artiste s’efface au profit de celle de l’amateur qui après des années de Mochikomi transforme un arbre en pot en véritable bonsaï ? Et que penser de l’olivier de Laurent, initialement travaillé avec Jean-François Busquet, mais qui a subit un changement de face radical quelques années plus tard (Lire : Encore un olivier).

Olivier travaillé par Laurent depuis un yamadori

Je n’ai pas de réponse tranchée sur la question, qui reste ouverte. Qu’en pensez vous ? Devrions nous citer l’artiste (ou les artistes) avec qui nos bonsaï ont été travaillés ?

 

7 réflexions au sujet de « Faut-il citer le nom de l’artiste ? »

  1. guillot
    Le 20 novembre 2014 à 8 h 45 min

    Pour moi la première mise en forme est importante mais est une infime partie du travail sur l’arbre. Les mise en forme suivante sont bien plus importante que la première car des défaut qu’on avait été obligé de laissé sont sommée dans les mise en forme suivante
    pour moi le travail d’équipe prévaut sur le nom de la personne qui a fait la mise en forme

  2. guillot
    Le 20 novembre 2014 à 8 h 51 min

    Au pire si tu dois mettre le nom du pro qui a fait la mise en forme il ne faudrait pas payer cette personne pour un stage de formation car stage de formation dit apprentissage!!
    L’arbre reste la propriété du passionné et c’est à lui de dire ce qu’il a fait sur cet arbre
    un exemple
    je travaille très souvent avec Olivier barreau avec qui je fais mes mises en formes mais ces dernières ne serainet pas possible sans tout le travail préparatoire en amont
    je dis que c’est Olivier qui m’a fait la mise en forme et il dit toujours que sans mon Travail cela ne serait pas possible!

    1. Christophe Durandeau
      Le 20 novembre 2014 à 22 h 59 min

      Oui tu as raison, mais certaines mise en forme sont très techniques et parfois l’arbre prend une toute autre dimension après être passé entre les mains d’un autre. Je prends souvent le cas de Jean-François car parfois après quelques grosses pliures ou travail de bois mort, le résultat avant/après est bluffant. Idem avec Olivier quand il travaille un pin, les branches principales sont posées, la structure est là.
      Ensuite le mochikomi se fait sur cette base déjà établie. Même si l’arbre évolue par la suite, il est rare qu’il subisse une seconde mise en forme drastique avant un bon moment.

  3. Fabrice
    Le 20 novembre 2014 à 14 h 29 min

    Bonjour,
    c’est bien de poser la question. Mon idée est est plutôt de se détacher de la personne. Un exemple, je fais une premiere mise en forme vec M Kawabe, je le présente en expo avec et je mets son nom, je trouve que c’est se la péter un peu. De plus son enseignement va au delà d’un seul arbre travaillé…
    Je travaille le même arbre seul en suivant la même idée, et je mets mon seul nom. Personne ne va prêter attention à cet arbre même s’il est réussi.
    A mes yeux, seul l’arbre présenté compte, il faut juger l’arbre pas la personne. Même l’heureux propriétaire est secondaire. Bien sur le pendant de cela c’est d’avoir du bonsaï à 2 vitesses, un propriétaire fortuné, collectionneur peut se payer de beaux arbres fait par un maitre etc. Un propriétaire moins fortuné ne peut pas se payer un yamadori à 1000 euros et un stage de mise en forme avec un pro. Est-ce grave ? Est-ce bien ou mal ? Non je le pense pas.
    Le but du bonsaï n’est il pas de se faire plaisir avec les arbres que l’on posséde dans son jardin, ou même se faire plaisir en visitant les jardins des autres et admirer leurs travaux ? Nous savons tous que le bonsaï n’est pas instantané mais un travail de tous les jours, un chemin sans fin. N’est-ce pas ce chemin, cette émotion, cette histoire que nous devons montrer ?
    Finalement le bonsaï c’est aussi beaucoup de questions et peu de réponses :-)

    1. Christophe Durandeau
      Le 20 novembre 2014 à 23 h 10 min

      Bonsoir Fabrice. En France nous avons plus d’amateurs que de collectionneurs. On aime bien mettre les mains dans le cambouis. C’est la grosse différence à mon avis par rapport au Japon où par exemple des propriétaires de bonsaï l’amènent chez un pro pour une mise en forme dans le but de l’amener à une grande expo (et espérant avoir un prix). C’est quelque chose d’inconcevable en France.
      C’est aussi pour ça qu’être pro du bonsaï en France est mission impossible. Qui amène son bonsaï pour le rempoter et serait prêt à payer 500€ par ça ? Qui serait prêt à payer 1000€ pour ligaturer son pin ? Ces prix ne sont pas délirants, ceux sont ceux d’un professionnel étranger qu’il affiche sur son site internet. A mon avis, en France il n’y a pas de marché pour ça (ou du moins le marché est très restreint). Et de façon plus générale, le bonsaï en France ne déchaine pas les foules.
      Nous sommes des amateurs mais fiers de l’être, nous cultivons l’art du « je le fais mois même », jusqu’à une certaine limite. Il y a un moment où si l’on veut aller plus loin, progresser, il faut se faire aider. Nous avons en France la chance d’avoir des amateurs et des pros avec un réel talent, qui nous font profiter de leurs conseils et de leur vision, souvent de façon désintéressée (ou presque).

      1. Fabrice
        Le 21 novembre 2014 à 13 h 26 min

        Bonjour Christophe,
        je suis complètement d’accord avec toi :-)

  4. Cédric
    Le 20 novembre 2014 à 21 h 37 min

    Quand j’ai lu l’introduction de cet article, je me suis dit que vous ne faisiez plus un blog mais un forum car, de mon avis, cette question restera longtemps sans réponse… parfaite.
    De mon avis, encore, quand l’origine de l’arbre est déjà noté (Japon ou Corbières ^^) ça donne déjà une première idée. La patte de l’artiste peut vite s’estomper à l’image de l’arbre de Laurent cité plus haut. Certains artistes ont un style reconnaissable pour l’œl averti…
    A la visite de ma première expo, je me suis posé la même question mais sur les arbres « transgénérationnels » tel les arbres de Michel Sacal ou ceux de Gérard Dumoutier…
    Je suis d’accord avec ce qui a était noté plus haut.

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