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Evolution d’un pin blanc

Il est facile d’épater ses amis avec de gros yamadori centenaires, des troncs tortueux et des bois morts que seule la nature est capable de créer. Mais le bonsaï ce n’est pas uniquement cela. Le bonsaï c’est aussi une école de patience, et surtout un travail au quotidien qui transforme petit à petit un arbre quelconque en bonsaï. C’est une valeur à laquelle nous tenons beaucoup et que nous essayons de partager sur ce blog.

J’ai acheté ce pin blanc (pinus pentaphylla) en 2008 dans la pépinière de Jacques Galinou. Un arbre sans prétention, avec pas mal de défauts. Il est fort probable qu’avec l’expérience acquise ces dernières années, je ne rachèterais plus cet arbres.. Quoi que…

Cet pin blanc est greffé sur du pin noir (pinus thunbergii). C’est très courant sur cette variété, car le pin blanc est considéré comme faible, il pousse moins vite que le pin noir, il densifie moins facile, il est plus sujet aux maladies. Pourtant le pin blanc a des aiguilles plus courtes et une jolie couleur bleutée. L’intérêt de la greffe est de profiter du meilleur des deux mondes, c’est à dire que l’on profite de la vigueur et de la résistance du porte greffe (pin noir) et du feuillage du greffon (pin blanc).

L’inconvénient de cette technique est que l’endroit de la greffe est souvent très visible, parfois inesthétique. C’est un point important à considérer lorsque vous achetez un tel arbre, car un gros défaut au point de greffe ne s’améliorera pas avec le temps.

Sur cet arbre le point de greffe est très visible du fait de la différence d’écorce. Le porte greffe a une écorce rugueuse alors que le greffon a une écorce encore lisse. Heureusement la greffe n’est pas de mauvaise qualité, car il n’y a pas de grosse boursouflure à ce niveau, comme on peut le voir sur certains arbres. La différence d’écorce mettra certainement des années à s’estomper, mais encore une fois, le bonsaï est une école de patience, le bonsaï immédiat n’existe pas.

Ensuite, les branches ne sont pas forcément placées aux endroits les plus intéressants. La première branche à droite, pourtant bien fournie, est dans le creux de la courbe. La première branche de gauche est trop basse pour être utilisée. Les autres branches partent souvent au même niveau. Cette disposition en « roue de bicyclette » est caractéristique des pins, et dans la mesure du possible il ne faut conserver qu’un seul départ de branche par niveau, sinon avec le temps il va se former une boule disgracieuse à ce niveau.

Pinus pentaphylla bonsai avant les premiers travaux

Finalement la mise en forme sera faite uniquement avec les quelques branches du haut.
Donc à première vue, cet arbre n’était pas une bonne affaire, mais est-ce une raison pour le jeter ? J’ai plutôt saisi l’occasion de travaille cette espèce que je ne connaissais pas et que tout le monde s’accorde pour dire qu’elle est difficile.

La première étape a été de vérifier le racinaire. C’est quelque chose que je fais toujours avec un nouvel arbre, car travailler un arbre qui n’a pas un bon racinaire c’est le mettre en danger.
Le pain racinaire est très compact, avec beaucoup de racines actives (les blanches) et surtout beaucoup de mycorhizes.

Rempotage pinus pentaphylla

Une mycorhize est le résultat de l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes. Dans cette association, les hyphes d’un champignon colonisent les racines d’une plante. Les hyphes sont l’organe principal des champignons (rappelons ici que ce que l’on appelle couramment « champignon » (pied + chapeau) que l’on cueille, n’est qu’un organe éphémère du champignon, le sporophore, où se déroule la reproduction sexuée). Les hyphes se présentent comme de fins filaments, capables d’explorer un très grand volume de sol (1 000 m de filaments mycéliens pour 1 m de racine). (Source Wikipedia)

Les racines ont complètement envahies le pot qui ne draine plus très bien. Il est grand temps de rempoter. Les racines sont soigneusement démêlées pour enlever au maximum la terre initiale (type glaise collante). Un maximum de Mycorhizes ont été récupéré pour être mélangées avec le nouveau substrat. L’arbre a été rempoté dans le même pot dans 100% de zeolithe ; ce substrat fonctionne bien sur Bordeaux avec les pins).

Première mise en forme sur bonsai pin blanc

En octobre 2008, après une saison de pousse et de fertilisation, les premiers travaux peuvent commencer. Les deux branches basses (à droite et à gauche) sont supprimées. Les départs sont transformés en petits jin. Je conserve souvent des jin même si à terme ils disparaîtront car durant la période de formation ils peuvent servir à fixer un hauban, ce qui est très pratique !

Les autres branches sont ligaturées et abaissées vers le bas, comme sur des vieux pins. A ce moment, je me rend compte que l’inclinaison ne va pas, que l’arbre est trop penché vers la gauche. Il faut d’une part avoir l’apex au dessus du nebari, et d’autre part que la direction de l’arbre soit cohérente avec la branche principale (celle de droite). Inclinant légèrement l’arbre vers la gauche me permet de corriger ces deux problèmes, et l’arbre retrouve son équilibre.

Un an après, l’arbre est bien vigoureux et fait de longues chandelles. Les ligatures sont enlevées car elles commençaient à mordre dans le bois. Je les ai remplacées par des haubans pour éviter que les branches ne remontent trop, ce qui m’aurait fait perdre le bénéfice de la première mise en forme.

Evolution d'un pin blanc du Japon

En octobre 2009, nouvelle pose de ligatures, avec un e légère suppression des aiguilles de l’année précédente. L’arbre est encore un peu hirsute et ressemble plus à un arbre en pot qu’à un bonsaï. Mais à ce stade de la formation le coté esthétique est secondaire, les ramifications sont bien ouvertes pour faire pénétrer la lumière et favoriser la densification.

En juillet 2010, l’arbre a bien accepté les travaux de l’automne précédent ; il s’est bien développé et regarni. Ce pin est cultivé avec un apport d’engrais organique (sous forme de granulés) avec un NPK équilibré. Il est arrosé de la même manière que l’ensemble des autres arbres, c’est a dire en abondance, et quasiment tous les jours.

Evolution d'un pin blanc du Japon

En février 2011, comme il a bien réagit aux travaux précédents je continues la mise en forme, en ligaturant à nouveau les branches. Certaines commencent à rester en place, les plus fines ont encore un peu de mal. Pour aimer le pin, il faut aimer ligaturer !

Suite à cette séquence de ligature annuelle, j’ai décidé de le laisser respirer un peu. Dès que les ligatures ont commencé à marquées elles ont été retirées et l’arbre a poussé librement.

En décembre 2012, je taille légèrement les rameaux. Certains ont poussés par trois, je n’en conserve que deux. L’arbre est entièrement désaiguillé et religaturé, jusqu’au plus petit rameau. La végétation commence à prendre de l’ampleur et l’on peut commencer à dessiner des plateaux. Les pompons sont légèrement relevés vers le haut afin qu’ils bénéficient d’un ensoleillement maximal dès le début du printemps. Les aiguilles ont encore un peu longues mais ce n’est pas ma priorité pour l’instant.

Mise en forme d'un bonsai de pin  blanc du Japon

Voilà, l’arbre sur ses 4 faces il y a presque qu’un an (en décembre 2012). Depuis, je l’ai laissé tranquille, il a subit beaucoup de travaux en peu de temps. Il se porte très bien, et a juste été déligaturé depuis la dernière mise en forme. Il s’est bien développé et étoffé et la ramification commence à s’affiner bien que le bourgeonnement arrière est très difficile sur cette variété de pin.

En décembre 2012, le pin blanc sur ses 4 faces

On peut aussi constater que la coupe de branche, tout en laissant un jin, peut créer des sharis naturel qui donnent de la maturité à l’arbre.

Le petit jin donne de la maturité à l'arbre

Pour comparaison, avec l’arbre en mars 2008 !

Bonsaï pin blanc, avant et après

En mars/avril 2014, il sera rempoté car je constate qu’il commence à se soulever dans son pot, ce qui signifie qu’il manque de place. J’en profiterai pour le redresser tel que prévu.

2 réflexions au sujet de « Evolution d’un pin blanc »

  1. Brioche
    Le 17 décembre 2013 à 9 h 35 min

    C’est très sympa de voir qu’un arbre moyen apparemment peut devenir un sujet sympa,
    ca motive les débutants comme moi (qui j’avoue achète un peu rapidement parfois !).
    Merci !!

    1. laurent
      Le 17 décembre 2013 à 17 h 17 min

      Bonjour Brioche

      On est tous pareil… c’est justement un des arbres de mes début, acheté àla va vite… et comme tu dis, le résultat n’est pas trop mal lorsque l’on voit le matériel de départ !
      Pour moi, il y a un bonsai (plus ou moins bien) dans tout arbre !

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