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Du yamadori d’olivier à la naissance d’un bonsaï

J’ai fait au mois de mars 2010, mon premier stage d’un week-end chez Jean Francois Busquet avec quelques membres du Bonsaï Club Girondin. J’y ai travaillé un pin sylvestre que j’avais amené pour l’occasion.

J’y suis allé avec mon propre arbre, car je ne savais pas que le jardin de Jean François abritait tant de trésors ; des yamadori de buis, d’olivier, de pin, de genévriers, tous issus des Corbières, son terrain de chasse, son terrain de jeu.

Je n’aurai su que prendre… Je suis reparti la tête pleine de superbes yamadori… Avec les mêmes membres du Club, nous avons remis le couvert un an plus tard, et, j’y suis allé sans arbre, tout en sachant que je trouverai bien entendu mon bonheur sur place…

Le temps de faire, et refaire le tour de sa cour, de ses serres, je suis tombé sur un olivier… bien que j’étais parti pour retenir un pin. Nez a nez, avec un olivier sauvage des Corbières… il ne payait pas de mine, et sur les conseils du propriétaire des lieux, j’ai jeté mon dévolu sur cet arbre.

Olivier yamadori achat

Cet arbre avait été prélevé 2 ans avant sa mise en vente, ce qui permet de le travailler des l’achat lors du stage. Bien que l’age d’un bonsai ne soit pas un élément essentiel, cet arbre est estimé, a environ 150 ans, ce qui met un poids supplémentaire sur mes épaules… car ce que mère nature a su préserver en tant d’année, il ne faudrait pas le faire mourir en quelques coup de pinces mal placés.

Olivier yamadori avant travaux

On ne peut pas dire que le choix de cet olivier ait été fait sur sa végétation fournie car cette dernière est longue et parsemée, avec des entre nœuds énormes. J’ai craqué sur cet arbre pour d’autres raisons. En premier lieu, sa base imposante (environ 27 cm de diamètre), et évasée, point essentiel pour un beau bonsai.

Jeunes pousses sur olivier yamadori

En second temps, pour le fait qu’il a du mouvement, certaines branches ont créé des jin naturels qui ont permis de former des veines de circulation de sève, qui donnent du mouvement a l’ensemble.

Et ensuite, la taille de ses feuilles, très petites, ce qui est rare pour un olivier des Corbieres. On trouve plutôt ces oliviers a très petites feuilles, en Espagne. La conicité n’est pas réellement son point fort, mais elle peut être amélioré par le travail.

L’arbre a une belle base évasée, du mouvement sur la partie basse du à des branches qui sont mortes (cassées ou broutées) avec les longues années passées dans son milieu naturel. Cela a permis de créer des bourrelets et des creux naturels permettant a la sève de se créer de nouveau chemin pour sa survie.

Le tronc principal est ensuite sans conicité et une grosse branche sur la gauche (presque une seconde tête) est morte, cette dernière se prolongeant par une branche très fine, très dure et pleine de mouvements donnant du caractère a cette branche.

Le peu de végétation est réparti en seulement quelques points, car les jeunes et longues pousses sortent souvent de mêmes points du tronc, il va falloir faire avec et espérer un nouveau bourgeonnement.
L’extrémité du tronc étant mort, et les dernières pousses étant assez basses par rapport a la taille globale de l’arbre, le haut sera transformé en ten jin, et une nouvelle tête devra être créée.
On voit vite, que le gros du travail sera de travailler les bois mort pour affiner ceux existants et pour donner une conicité a l’arbre.

La Dremel est mise en route pour de longues heures de « sculpture »… A noter qu’avec le recul et l’autre olivier travaillé au stage de l’année suivante, ce travail long et fastidieux avec de petites fraises aurait pu aisément être réalisé avec quelques bonnes pinces (ce qui aurait ravi les oreilles de mes compagnons de stage).

Travail bois mort olivier yamadori

Le choix des poussent à conserver a vite été réalisé, vu qu’il n’y avait pas trop de choix ! Quelques fils de ligatures pour donner du mouvement au futures branches, et une défoliation partielle. On a conservé les feuilles sur les extrémités des branches afin de favoriser la circulation de la sève pour les faire grossir. De même les branches basses ne sont pas raccourcies pour les mêmes raison (et forment des serpentins, dans un soucis de transport) afin qu’elles grossissent d’une façon plus importante que celle situées plus haut.

Une nouvelle tête est formée avec une branche formant un arc de cercle pour la positionner a la bonne hauteur par rapport a la taille définitive de l’arbre. La grosse branche morte a gauche est fortement diminuée en section et je lui donne un mouvement pour une cohérence avec la fine prolongation naturelle.

Première mise en forme olivier yamadori

C’est sûr qu’à ce stade du travail, on a du mal a voir le futur bonsaï dans cet arbre… si c’est le cas, on peut partir déçu avec un arbre comme ça… mais ayant toute confiance en Jean-François, j’étais certain que cela donnerait avec les années, un très bel arbre.

Deux mois seulement après les premiers travaux, la pousse est déjà généreuse… l’arbre est engraissé avec de l’engrais organique et arrosée abondamment. Les jeunes pousses s’allongent et grossissent, les fils de ligature sont donc enlevés car ils commencent a mordre…

Au mois de juin, une nouvelle ligature est posée car l’arbre pousse fort et commence a se ramifier.

Nouvelle ligature sur olivier bonsai

Un bourgeon arrière est apparu juste au bon endroit ce qui permettra de créer une branche arrière nécessaire à la profondeur de l’arbre.

Nouvelle pousse sur olivier yamadori bonsai

Les plateaux sont mis a plat, et toutes les ramifications sont ligaturées pour leur donner une bonne direction.

Seconde mise en forme olivier

Tout l’été, l’arbre a continué a bien poussé, sous l’effet de l’engrais, du soleil et de l’arrosage ; il n’y a pas eu d’autres travaux. On peut constater sur les photos ci dessous, que l’on aurait pu créer des branches quasiment aux endroits désiré, tellement le bourgeonnement est abondant. Ces pousses se sont développées en l’espace de 3 semaines (pendant une période d’absence pour cause de vacances). Elles ont été de suite retiré a mon retour afin que cela n’affaiblisse pas l’arbre.

Bourgeonnement arrière olivier bonsai

Fin de l’année, l’arbre a déjà totalement changé d’aspect et ne ressemble plus du tout au “tronc” a la sortie de la première mise en forme. Seul un travail sur le ten jin a été effectué ; les deux directions en extrémité de ce dernier ne me plaisaient pas. Un seul jin a été conservé, retravaillé et affiné.

Olivier corbieres yamadori

En avril 2011, une nouvelle mise en forme est réalisée. La ramification étant bien en place, c’est à ce moment, que les plateaux sont définis. La technique est d’abaisser fortement les branches principales et d’utiliser les ramifications secondaires pour former l’ensemble des plateaux. On peut voir la différence entre le fait de mettre les branches a plat (1ere mise en forme) avec cette seconde phase ou l’on utilise la ramification qui s’est développée, pour créer les plateaux.

Mise en place plateaux sur bonsai

Mise en place plateaux sur bonsai olivier

Maintenant, un travail de taille est réalisé afin de densifier les plateaux. On peut constater, maintenant la taille définitive des feuilles qui sont vraiment très petites, plus petite que celle d’un buis (par exemple).

Petites feuilles olivier corbieres

Voila, l’arbre a l’été 2012, les tailles répétées à deux feuilles sur les rameaux ont permis de bien densifier les plateaux.

Evolution bonsai olivier corbieres

Cet arbre est très généreux et me rend bien les soins et les travaux qui lui sont prodigués. Engrais en bonne quantité (100% organique, arrosage quotidien, et hivernage en serre froide sont les ingrédients nécessaires pour qu’un olivier soit en pleine forme.

Au printemps 2013, je profite d’un d’un nouveau stage chez Jean-François Busquet, pour lui amener cet olivier pour qu’on le rempote ensemble. Je ne savais pas ce qui se cachait sous l’arbre dans ce gros pot de culture, et je préferais faire ce travail avec lui.

Voila le pot qui a été acheté sur Internet en prenant en compte les dimensions du nebari (en surface) ….

Choix poterie pour olivier bonsai

L’arbre est sorti de son pot, et on commence a gratter l’ancien substrat. Beaucoup de fines racines dans le fond et le pourtour du pot, mais ce ne sont pas celles de l’arbre de plutôt des mauvaises herbes qu’il y avait dans le pot.

Rempotage olivier bonsai

Jean-François nous montre que le travail lors du prélèvement est très important et qu’il tient compte déjà a ce moment la du futur de l’arbre et que le « pivot » ou « bulbe » a été coupé très court ce qui permet maintenant de la rempoter sans problème. Ce travail avait été fait directement a la tronçonneuse lors du prélèvement et le dessous de l’arbre est très propre et parfaitement plat et horizontal.

Motte plate olivier bonsai

L’arbre est présenté dans le pot…. et il ne rentre pas du premier coup… le pot comporte un galbe qui rentre a l’intérieur et inversement le système racinaire de l’olivier s’évase sous le nebari. Quelques coups de pinces dans la souche de l’arbre (sans trop couper de fines racines) permettent de positionner l’olivier dans son nouveau pot.

Mise en place bonsai dans poterie

Les dimensions de ce pot sont les définitives, et il aurait mérité 1 cm de plus en hauteur pour 2 cm de plus en largeur… c’est vrai que l’arbre est rentré tout juste. Il n’y a pas beaucoup de substrat, et il faudra faire très attention a l’arrosage qui devra être plus fréquent, tout comme l’apport d’engrais.

Olivier bonsai apres deux ans

9 réflexions au sujet de « Du yamadori d’olivier à la naissance d’un bonsaï »

  1. rémi guillot
    Le 30 mars 2013 à 18 h 32 min

    bon reportage
    j’aurai eu peur de rempoter un olivier en mars!!!
    pour moi le pot est parfais le seul soucis c’est que tu devra peut etre rempoté plus souvent c’et tout. je le verrai bien chez moi cet arbre

    1. LAURENT DEITSCH
      Le 31 mars 2013 à 8 h 09 min

      Salut Remi
      En fait, j’ai rempoté cet olivier suite au conseils de Jean Francois Busquet (j’ai profité du stage fait chez lui cette année pour lui apporté l’arbre afin d’en faire un suivi avec lui), car c’est la bonne période pour rempoter les Oliviers.
      Mais si cet arbre était chez toi, il ferait un trop gros trou sur mes étagères !!!
      Maintenant tu as raison, faudra surveiller de plus pres la frequence des rempotage et l’arrosage…
      A bientot
      Laurent

  2. serge alcacer
    Le 30 mars 2013 à 21 h 59 min

    les oliviers s’accomodent d’être à l’étroit, le risque avec si peu de substrat c’est que les racines chauffent trop au point de cramer en été. Il fraudra être protéger le pot avec du papier d’alu ou une couverture de survie comme on en trouve dans les trousses de premiers secours qui reflétera le raynnement solaire. Pour info pourrais tu dire sur quel tu as trouvé ce magnifique pot? merci d’avanc e.

    1. LAURENT DEITSCH
      Le 31 mars 2013 à 8 h 12 min

      Bonjour Serge
      Je vais suivre au jour le jour la température du pot pendant les période les plus chaude de cet été, et si vraiment, je vois que cela chauffe de trop, je déplacerai l’arbre dans un endroit ou il n’aura pas le soleil au plus fort de la journée.
      Pour le pot, il a été acheté sur Poterie du monde, c’est un pot de Miroslava Randova
      Laurent

  3. bruno faure
    Le 1 avril 2013 à 9 h 13 min

    Salut Laurent,
    Toujours impressionné par la taille de ses feuilles.
    La coupe à plat du racinaire, m’a laissé sur le c.. egalement.
    Pour finir, un bonsai realisé en 3 ans, record à battre!!!
    A+

    1. LAURENT DEITSCH
      Le 1 avril 2013 à 9 h 28 min

      Salut Bruno…
      Petite rectification, le record a battre est sur 2 ans, car j’ai acquis et bossé cet arbrepour la premiere fois en mars 2011…. ca fait donc 2 ans …. lol
      A+

  4. maraga
    Le 2 avril 2013 à 9 h 16 min

    très beau travail, fellicitation :)

  5. fabrice
    Le 15 novembre 2013 à 18 h 32 min

    Bonjour, des nouvelles de cet arbre Laurent ?

    Merci.

    1. ninos33
      Le 15 novembre 2013 à 19 h 33 min

      BonjourFabrice

      Cet arbre se porte bien… il a eu un peu de mal apres le rempotage de ce printemps, car il a été mis dans un pot assez petit quand meme…
      Apres avoir passé un été sans une pousse extraordinaire, il a refait une pousse a l’automne.
      Il faut que je vois avec Christophe qui gere le site, si c’est possible de compléter l’article pour y mettre de nouvelles photos.

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